Questions & réponses avec les réalisateurs


D’où vient l’idée de ROMIN et à quel moment avez-vous compris que cette histoire devait devenir un long métrage?

L’idée de ROMIN est née de notre amour pour les films d’aventure avec lesquels on a grandi. On avait envie de retrouver ce sentiment d’évasion, de mystère et de découverte, mais dans un univers québécois. On s’est demandé : pourquoi ce type de cinéma est-il presque absent aujourd’hui au Québec?

Au départ, c’était simplement une idée parmi d’autres, mais plus on développait l’univers, plus on réalisait que l’histoire était trop ambitieuse pour être racontée autrement qu’au cinéma. Dès qu’on a commencé à imaginer les personnages, les décors, les scènes d’action et le voyage jusqu’aux Bahamas, on a compris qu’on tenait quelque chose qui méritait le grand écran.

En développant le projet, quelles étaient vos principales ambitions en tant que scénaristes et réalisateurs?

Notre plus grande ambition était de prouver qu’on pouvait faire un véritable film d’aventure au Québec, sans se limiter parce qu’on est une production indépendante.

On voulait raconter une histoire accessible au grand public, avec de l’action, de l’humour, de l’émotion et du mystère, tout en offrant un spectacle cinématographique. On souhaitait aussi créer des personnages auxquels les jeunes peuvent s’attacher, sans oublier les adultes qui retrouveront un sentiment de nostalgie.

Comme réalisateurs, on voulait que chaque scène soit portée par une véritable intention visuelle. On voulait que le public sente qu’on a toujours essayé d’aller plus loin que ce qu’on aurait normalement attendu d’un premier film indépendant.

Vous avez choisi d'investir vos propres ressources pour financer ce projet. Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre ce risque financier plutôt que d’emprunter la voie traditionnelle du financement québécois?

On savait que le parcours traditionnel pouvait prendre plusieurs années, sans garantie que le projet voie finalement le jour. On avait surtout envie de tourner pendant qu’on avait l’énergie, la motivation et l’équipe pour le faire.

Évidemment, c’était un risque financier important, mais on croyait profondément au projet. On préférait prendre le risque d’essayer plutôt que de passer des années à attendre une réponse.

Au final, cette liberté nous a permis de rester fidèles à notre vision créative et de réaliser exactement le film qu’on avait imaginé.

Le cinéma d'aventure a marqué une génération au Québec dans les années 90 avec des classiques comme matusalem. pourquoi ressentez-vous qu’il y a une urgence aujourd’hui de ramener ce genre sur nos écrans avec romin?

Selon nous public québécois a encore envie de vivre ce genre d’expérience au cinéma. Ce film là on le fait aussi pour nous, amener un style de film qui nous passionne au cinéma.

Pendant longtemps, le cinéma québécois s’est surtout illustré dans le drame ou la comédie, mais il y a aussi une place pour le grand divertissement. Les jeunes grandissent aujourd’hui avec des productions américaines, alors qu’on peut aussi leur offrir des aventures d’ici, avec notre identité.

On espère que ROMIN pourra démontrer qu’il existe un public pour ce type de cinéma et encourager d’autres créateurs à oser raconter de grandes histoires.

Le scénario est très ambitieux et inclut plusieurs cascades impressionnantes. En tant que production indépendante, comment avez-vous abordé la logistique et la chorégraphie de ces cascades? y a-t-il une séquence d’action qui a été particulièrement difficile à sécuriser?

Chaque cascade a été préparée pendant des semaines. Bien entendu nous étions tous les deux les coordinateurs de cascade et cascadeur donc nous avions notre idée en tête mais on s'assurait toujours que la sécurité passait avant le spectacle.

Le défi d’une production indépendante, c’est qu’on n’a pas les moyens de nos gros films québécois. Donc il a fallu être extrêmement créatif, bien planifier et parfois tourner une même scène de plusieurs façons pour donner l’impression d’une plus grande ampleur.

Les séquences impliquant les poursuites et les combats ont demandé énormément de préparation en raison des chorégraphies à plusieurs personnes, mais ce sont aussi celles qui donnent le ton au film.

L'intrigue force Romin et ses amis à quitter le Québec pour se rendre aux Bahamas afin de trouver l’emplacement initial de l’artefact. quels ont été vos plus grands défis lors du tournage de ces séquences à l’international (poursuite en bateau, plongée sous-marine)? Et comment était-ce différent du tournage au québec?

Tourner aux Bahamas représentait un immense défi logistique. Il fallait transporter une partie de notre équipement, coordonner l’équipe sur place, composer avec la météo, les marées et des lieux parfois très difficiles d’accès.

Les scènes en bateau et sous l’eau demandaient aussi beaucoup de préparation parce qu’on devait constamment s’adapter aux conditions réelles.

Au Québec, on connaissait déjà nos lieux de tournage et nos ressources. Aux Bahamas, chaque journée amenait son lot d’imprévus. Mais en même temps, ces décors incroyables apportent une authenticité qu’on n’aurait jamais pu recréer ailleurs.

Vous avez réussi à convaincre des piliers de notre culture comme Sylvain Larocque, Sonia Vachon, Paul Doucet et Emmanuel Auger d'embarquer dans cette aventure. Quel a été votre "pitch" pour les séduire ? Et qu’avez-vous appris de cette collaboration ?

Jassen avait déjà travaillé avec la majorité d’entre eux auparavant, mais ça ne fait pas tout. On leur a surtout présenté notre passion. On ne leur vendait pas seulement un scénario; on leur partageait une vision.

On voulait faire un film d’aventure québécois ambitieux et on leur expliquait pourquoi on croyait sincèrement que ce projet pouvait apporter quelque chose de différent.

Leur confiance nous a énormément touchés. Ils ont tous apporté leur expérience, leurs idées et leur générosité. Comme jeunes réalisateurs, c’était une occasion incroyable d’apprendre directement auprès d’artistes qu’on admire depuis longtemps.

En plus de co-réaliser le film, vous interprétez également les personnages principaux. Comment avez-vous jonglé entre ces deux rôles importants et comment travailler en duo vous a-t-il aidé dans ce processus?

C’était probablement l’un des plus grands défis du projet.

Quand on joue, il faut être complètement dans le moment. Quand on réalise, il faut constamment penser à l’ensemble du film. Alterner entre ces deux états d’esprit demande beaucoup de discipline.

Le fait d’être deux réalisateurs a énormément aidé. Pendant que l’un était devant la caméra, l’autre pouvait surveiller le jeu, le cadrage ou les aspects techniques. On se faisait constamment confiance et on se complétait. Cette collaboration a été essentielle pour maintenir le niveau de qualité qu’on recherchait.

Le film sort en salle le 28 août, juste à temps pour la fin de l'été. Qu'est-ce que vous espérez que le public retiennent de leur expérience au cinéma ?

On espère d’abord que les gens passent un excellent moment. ROMIN est un film conçu pour le grand public, que ce soit en famille, entre amis ou en couple.

Mais surtout, on aimerait que les spectateurs ressortent en se disant que le cinéma québécois peut aussi être spectaculaire, ambitieux et profondément divertissant. On a le droit d’oser de grandes aventures, de faire rêver le public et de proposer des expériences qui donnent envie de retourner au cinéma.

Si les gens quittent la salle avec le sourire et en ayant envie de revoir ce genre de films québécois, on aura atteint notre objectif.

Produire et réaliser un premier long métrage indépendant avec le niveau d’ambition de Romin, c’est un véritable exploit. Est-ce que l'expérience vous a donné la piqûre et l’envie de replonger immédiatement dans un nouveau grand projet?

Cette aventure nous a énormément fait grandir, autant comme réalisateurs que comme producteurs. On a appris qu’un film se construit bien avant le premier jour de tournage : dans la préparation, la planification et les décisions qu’on prend en amont.

On a aussi compris l’importance de bien s’entourer et de faire confiance à son équipe.

Toutes ces leçons nous donnent encore plus envie de recommencer, mais avec l’expérience qu’on a acquise. On sent qu’on est seulement au début de ce qu’on souhaite construire.

Si vous pouviez donner un seul conseil aux jeunes créateurs qui auraient envie de faire le grand saut au cinéma comme vous, lequel serait-ce?

Ne pas attendre que tout soit parfait pour commencer! Le nombre de fois où on aurait pu revenir en arrière et tout laisser tomber. Mais finalement, on s’est dit: on va au bout de ce film là, peu importe ce qu’il arrive.

Il y aura toujours des raisons de repousser un projet : le financement, l’expérience, les contacts ou le matériel. Si on avait attendu que tout soit en place, ce film n’aurait probablement jamais vu le jour. C’est en le faisant qu’on a trouvé des solutions, appris de nos erreurs et gagné l’expérience qui nous manquait au départ.

Entourez-vous de gens qui partagent votre passion, acceptez de faire des erreurs et osez vous lancer. Le plus difficile, c’est souvent de faire le premier pas. Une fois qu’on commence, chaque projet devient une école et nous rapproche du suivant.